MES VOISINS – 2 –

Toujours plus loin, en allant sur la rue, on avait ensuite un autre couple : Ces gens là étaient très spéciaux.Ils étaient les parents du Maire.Alors fallait faire attention. : De ne pas déranger, de ne pas faire trop de bruit (mais on s’entend que le  »trop » arrivait vite à niveau), de ne pas courir partout sur la petite place (mais elle était à tout le monde). Bref, ça chialait pour des riens.Afin d’avoir plus d’intimité et moins de bruit sans doute, ils avaient laissé une haie de Cèdres pousser, qui délimitait parfaitement leur territoire.C’est incroyable de voir à quel point on oublie, et surtout les mauvaises choses et les mauvaises gens.Et malgré une proximité qui dura plus de 15 ans, je ne me souviens plus de leur nom… Par contre :Un jour, notre père, écœuré de leur attitude vis-a-vis des enfants et du quartier en règle générale, avait pris notre bonne vieille lessiveuse, l’avait retournée, et s’était, en quelques secondes, développé un instinct de joueur de djembé.Vous auriez du voir la tête de nos deux sexagénaires.Frustrés derrière leurs fenêtres, et n’osant pas pointer leur nez plus que ça, ils avaient encaissé, sans broncher à l’extérieur, la mélodie endiablée et fougueuse de mon cher papa.Tous ces voisins, sont sortis de ma mémoire d’adulte, et je ne garde un profond respect qu’à Mémère Pouillard, Tonton Jacquot et Tata Madeleine. Ils ont su, au travers des préjugés, nous aimer, nous écouter et partager la vie si humble et si solitaire de nos deux parents.Mais nous avons eu la chance, comme d’autres sans doute, de côtoyer des gens qui nous ont marqués, sans pour autant habiter tout proche de chez nous, mais à 2 minutes ou 5 peut-être.La première de ces personnes est Mme HERVE.Rien que d’écrire son nom, le respect et l’admiration m’envahissent : Une petite femme que j’ai surprise un jour les cheveux détachés. Ils descendaient en dessous de ses genoux.Oui, Mesdames, en dessous de ses genoux. Je vous laisse imaginer la hauteur du chignon qu’elle coiffait tous les jours. Ce hennin naturel exigeait d’elle un maintien de la tête bien spécial. Son allure en était toute influencée : Droite, digne comme une reine avec sa couronne en permanence sur la tête.Son époux, Mr HERVE, travaillait dans les assurances, et c’était, à ma connaissance, les seules personnes avec qui mon père avait du plaisir à converser : Tout y passait, mais surtout l’économie et la politique. D’ailleurs, Mr HERVE, abonné au Nouvel Observateur, réservait religieusement, après chaque lecture, la  revue pour papa.J’en ai vu des piles de ce magazine… des piles…. mais il n’ était pas question qu’on s’en sépare, les informations, comme disait papa, y étaient trop importantes.Nos amis,très avancés en âge, avaient eu une fille, Joëlle, sur le tard comme on dit. Joëlle n’était ni belle, ni laide, mais elle avait pour elle le cerveau de ses deux parents. Comptable internationale à présent, elle est mère de deux enfants qui réussissent aussi bien que leurs parents et leurs grand-parents.J’ai très peu côtoyé Joëlle, tellement elle avait pris de la vitesse dans les études. Mais nous la connaissions tous à la maison pour son linge.Et oui, j’ai eu la chance de porter son linge de 2ème position, ce qui n a pas été le cas pour mes autres sœurs, pour qui c’était la 3ème et 4ème…. Cela aidait beaucoup maman qui faisait ainsi de belles économies.Porter du beau linge à la campagne, ça vous donne toute une allure. Moi, avec le temps, j’ai développé le goût pour les belles choses, et, sans pour autant y mettre une fortune, j’aime m’habiller.

Mais revenons à Mme HERVE : Elle vivait, avec sa petite famille, dans une superbe maison au bord de la rivière. Passé le petit portail, une allée nous invitait chaleureusement  vers la porte de chêne, centrée très méticuleusement entre deux pots-de-terre à fleurs. Sur notre droite, la pelouse bordée d’arbres, laissait paraitre un préau qui donnait vue sur la rivière. Ce petit terrain, à lui seul, était le paradis à mes yeux.A L’intérieur, tout de suite à gauche de l’entrée : le bureau trônait majestueusement. Je dis trônait, car bien qu’il soit sur le même niveau que les autres pièces de la maison, on sentait en entrant que c’était là que tout se passait : Papiers, livres, fauteuils, tout y avait sans doute sa place bien précise, mais pour mes yeux d’enfant, c’était comme une montagne de connaissance mystérieuse à laquelle on m’avait formellement défendu d’accéder.Je ne me souviens pas très bien du salon, car je n’y suis pas allée souvent. Par contre, la cuisine, Ah, la cuisine : Des murs oranges à souhait, une grande table de chêne et des bancs.Joëlle performait à l’école, pendant que sa mère me donnait des cours. Assise sur un banc, je lisais, ou plutôt, je travaillais ma lecture, avec un petit goûter, qu’on m’offrait gentiment. Mme HERVE faisait son travail de seconde maitresse de façon très professionnelle et plus encore. J’ai découvert avec cette dame, le plaisir des muses, de l’architecture. Elle a développé en moi le respect des vieilles choses, l’amour du beau, l’admiration des gens qui ont façonné l’Histoire en règle générale.Que vous dire d’autre, Chère Mme HERVE, que tout simplement MERCI. Merci de m’avoir consacré tout ce temps, merci d’avoir été la meilleure amie de maman. Grâce à vous elle a appris un bon français lors de vos petits après-midis thé-café. Merci tout simplement de nous avoir pris comme amis, nous et nos parents. Vous étiez des gens particulièrement estimés à Gyé, et le simple fait de vous compter parmi les gens qui nous respectaient, venait tout simplement prouver aux pauvres pouilleux de notre village, que nous étions des gens dignes d’intérêt et pas le moindre.Après bien des années, Mme HERVE  s’est fait couper les cheveux. A la garçonne à présent, ses beaux yeux sont mis en évidence, et son visage, ainsi que son port de tête, sont enfin libérés.Elle vit à Dax à présent, et c’est le fils de M. MATHIEU (gendre de Mémère POUILLARD) qui vit à présent dans la belle propriété. J’ai entendu dire que Serge MATHIEU est peintre. Il doit sans doute passer de bons moments sous le préau…Mr HERVE est décédé il y a bien longtemps, et je suis allée sur sa tombe en 2000, lors de mon dernier passage en France (suite au décès de Maman).C’est ainsi,  les gens que nous croisons ne savent pas toujours à quel point ils vont influencer notre enfance, et par la suite notre façon de voir les choses. Cette inconscience est à l’origine même de la qualité de ce que nous recevons. Car c’est sans aucune attente en retour que l’amour, la connaissance et tout simplement le partage nous est donné.Alors tout simplement merci a vous.

 

 

 

 


Archive pour avril, 2011

LES GENS DE MON VILLAGE…. Partie 1 – mes voisins -

Comme tous les villages, Gyé avait des habitants (465), mais tous ne m’ ont pas marqué.

Nous vivions dans une maison jumelée, et de par la force des choses, nos voisins étaient très proches….

Au fond de notre rangée de logements, se trouvait  »la propriété » de Madame POUILLARD. Pour moi et mes parents c’ était Mémère Pouillard. Comme nous n’avions pas de famille, cette brave femme qui avait eu 13 enfants (qui vivaient tous à Paris), nous avait adoptés : Un de plus un de moins, le compte importait peu, puisque de toute façon elle n’avait pas les obligation dues au rang que nous lui avions conféré.

Mémére Pouillard était toute une pièce de femme… pour ne pas dire une grosse femme. Je me souviens d’elle comme un être fort, au sens propre comme au sens figuré. Sa voix était imposante et son rire allait de paire. Pour chasser son ennui de veuve ( d un saoûlon grand et maigre que j’ai en fait peu connu), elle venait en soirée regarder les matchs de catch chez nous…. Nous les enfants, couchés à l’ étage supérieur, riions de ses encouragements et de ses remarques :  » T’as vu, il est tout p’tit… Allez frappe-le … Tue - »etc… On la voyait, sans la voir, debout les poings en l’air en train de jurer…. Et ça nous amusait…. Nul besoin de regarder le match, ça ne nous intéressait pas. A elle seule, Mémère faisait le show…Assise l’été au fond de sa cours, elle tenait compagnie à maman pendant les séances de couture, tricot etc… Je me souviens avoir ramené, une fois, une vipère morte au bout de deux bâtons . Toute fière de moi, et de l’argent que je pouvais tirer de la » bibite » morte (le garde-champêtre nous payait), je brandissais l’animal mort… Oui , il était mort, mais à force de l’agiter, Maman, elle, ne l’avait pas soupconné. Elle lança tout en l’air, y compris la paire de ciseaux qui atterrit directement en haut de ma cuisse…..Je garde encore la cicatrice de ce moment glorieux, mais au combien ensanglanté….Mémère était une brave femme qui s’occupait de ses poules et de son jardin. Ses enfants lui avait offert un Berger Allemand pour la protéger (on n’a jamais su de quoi… à Gyé (???)). Dick était devenu mon compagnon de promenade, mon excuse, avant notre belle Maika, pour m’évader de la maison et de mes devoirs d’aînée.Inutile de vous dire que ce bel animal, juste par sa race, êloignait bien du monde. Avec lui je me sentais bien, meme si je ne le maitrisais pas toujours…. Et oui que voulez-vous à 10 ou 11 ans et grosse comme ‘jétais, je ne faisais pas le poids… Mais Dick appréciait trop ma présence pour nuir à nos ballades quotidiennes..Comme je l’ai mentionné, Mémère avait 13 enfants. La plupart, comme de nombreux Parisiens de l’époque, avait une maison de campagne. Tout ce petit monde venait gonfler la population de notre village lors des vacances et autres périodes de congé de l’année. Ceux qui avaient élu domicile à Gyé, éstaient devenu par la force des chose, nos tontons et tatas…. C’est ainsi que nous avons eu, entre autre,  Tonton Jacquot- Tata Madeleine. Ah! les braves gens que c était-là : Toujours heureux en arrivant avec leur voiture. Eh oui, ils avaient une voiture, eux…Tout à coup, comme par enchantement, le village se mettaitàa vivre à un autre ryhtme. Ils avaient, sans nul doute, apporté avec eux, un grain de folie de la ville… Les comptoirs des commercants se remplissaient de  produits  différents, et les rues se faisaient grouillantes…

Tonton Jacquot avait eu un grave accident, et portait un cache de cuir sur la tempe gauche pour camoufler un creux… anormalement grand…. Il avait toute une voix, lui aussi, et son rire et ses blagues mettaient de la vie dans le quartier. Quant à Tata, je me souviens d’elle, comme d’une belle femme, maquillée et toujours coiffée. Il parait qu’elle était un peu sotte, mais de ça, je n’en ai nul souvenir, juste des commentaires, ou des ragots… Ils sont encore vivants et profitent de nos jours du calme de leur maison de campagne et de la sérénité que peut leur apporter un petit village comme Gyé.

Merci a vous deux, chers Tonton et Tata, vous avez été un brin de bonheur dans ma petite enfance.

Juste à côté de nous, vivait une vieille femme : Tellement vieille qu’on ne la voyait quasiment pas dehors. Les rares fois où je l’ai vu, c’ était pour me crier dessus…. Il est vrai que j’avais pris la mauvaise habitude de grimper (une fois de plus) sur le muret de bois de son petit parterre de fleurs… Sa porte était toujours fermée, et lorsqu’elle se trouvait ouverte (comme par hasard), on se dépêchait de se poster devant afin de deviner son intérieur : Tout y était sombre, et la seule chose dont je me souvienne, c’était d’une grande table recouverte d’une nappe de plastique.

Un peu plus loin, un couple qui adorait les fleurs…. Il y en avait partout devant chez eux, et sur la porte de leur cave également. Je ne me souviens plus de leur nom, mais lui boîtait, et chaque fois qu’il voulait monter à vélo, c’était tout un périple…

 

 

Les vendanges.

Il est certain que mes souvenirs des vendanges retracent une époque révolue.Dans les années soixante-dix, le moment de la cueillette était vraiment empreint de joie, de partage, une belle fête pour remercier Mère Nature des ses dons.Aucun vigneron de cette époque n’aurait osé déduire ne serait-ce qu’un centime aux employés pour les repas où l’hébergement, bien au contraire.Cueillir le raisin, c’était la récompense du travail de toute l’année, résultat impossible sans les ouvriers viticoles et les patrons nous le rendaient bien en nous gâtant de succulents repas, vins fins, et champagne à volonté.Bien-sûr, le travail était aussi dur qu’aujourd’hui mais il y avait une telle ambiance que nous oubliions la pénibilité et les maux de dos.De même, les meilleurs cueilleurs étaient remerciés, discrètement par quelques billets supplémentaires et quelques bouteilles.Les horaires étaient tenus mais élargis, on quittait la table un peu égayés par le festin et c’était reparti pour les blagues, les encouragements, les rires. On avait le casse-croûte, le matin, avec des mets faits maison,  jambon-persillé, terrines et autres pâtés, fromages, et tout ça à volonté, du café frais dans de jolies tasses apportées par la patronne, et des gâteaux pour les petits.En effet, les vendanges avaient souvent lieu en Septembre et le mercredi, on aidait.Il n’existait pas de loi pour définir si les enfants étaient exploités et de toute façon, nous ne l’étions pas.Nous aimions participer à cette ambiance chaleureuse et si on nous l’avait interdit, nous n’aurions pas compris  du tout.C’était vraiment un autre temps, fait de chaleur, d’amitié et de rires.Mes parents, et  surtout ma Mère, étaient toujours les meilleurs coupeurs, comme moi et mon frère aujourd’hui!!!Tu te souviens, Gina, de la famille Cousin chez qui nos parents étaient embauchés pour la cueillette?Des gens bons comme le  pain et si généreux!!Je me souviens avoir vu Mr Cousin mettre des billets dans la main de notre Mère à la paye, vu que c’était elle la meilleure!!

On faisait le Chien, c’es la fête de clôture des vendanges, là, tous ensemble on festoyait et que de rires car beaucoup avaient bu plus que de raison et nous, on se marrait de les voir raconter des blagues et de les voir marcher en titubant.

J’ai de très bons  souvenirs de cette époque, un parfum de détente, de gaieté.

 

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